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Comment la banque centrale du Japon a fondé sa politique monétaire accommodante


Publié à l’origine sur la Bourse au quotidien.fr

L’incroyable série de neuf semaines consécutives de hausse sur les marchés actions, assortie de surcroît d’une nouvelle salve de records annuels vendredi, semble constituer le prélude à une rafale de « re-tests » des plus hauts absolus à Wall Street.

Cette hausse funiculaire et sans précédent démontre cependant que les « asset managers » (les gestionnaires d’actifs) s’enfoncent dans le piège de la réplication indicielle passive et l’addiction aux ETF (NDLR : pour les non-initiés, « Exchange Traded Funds ». Un ETF est un fonds indiciel émis par une société de gestion et agréé, qui cherche à suivre le plus fidèlement possible l’évolution d’un indice boursier, à la hausse comme à la baisse.). Et qui détient le titre planétaire de principal détenteur d’ETF (sachant que le premier émetteur, de loin, est BlackRock (NYSE:)) ? C’est la Bank of Japan (BoJ, banque centrale du Japon), dont l’appétence pour ces fonds repose sur la poursuite inexorable de sa politique d’expansion monétaire.

En effet, la corruption des mécanismes de marché par le quantitative easing (« QE ») s’accompagne (ou s’alimente) d’une corruption généralisée de toutes les composantes de l’appareil politique et économique nippon. Le tout dans l’indifférence totale des médias occidentaux, qui ne se sont pas (du moins pas encore ?) emparés d’un scandale qui aurait à coup sûr discrédité la banque centrale.

Le mythe de la courbe de Philips
Le Premier ministre Shinzo Abe et son complice Haruhiko Kuroda (le gouverneur de la BoJ) justifient depuis 2013 la « plus grande expérience monétaire du XXIème siècle » (qui ressemble davantage à un délire d’apprentis-sorciers) par un concept, en l’occurrence le « ciblage de l’inflation », avec en toile de fond le mythe de la transmission de la hausse des salaires aux prix à la consommation, plus connu sous l’appellation de « courbe de Phillips ».

Cette théorie très en vogue au milieu des années 1970 et qui connut son heure de gloire avec le premier choc pétrolier postule une relation inverse entre le chômage et l’inflation : à l’en croire, la pénurie de main-d’œuvre (bien réelle au Japon et en Allemagne) est censée entraîner une hausse des salaires supérieure au potentiel de croissance, ce qui conduit à de l’inflation. Sauf que même Janet Yellen avait fini par admettre, ce dès 2015, que cette théorie ne fonctionne plus.

Il en fallait toutefois davantage pour que le tandem Abe/Kuroda consente à changer de logiciel et nombreux ont été les discours dans lesquels le Premier Ministre a promis que les salaires allaient se mettre à grimper, confirmant par-là même la pertinence de la susnommée courbe de Phillips. De son côté, le ministère japonais du Travail n’a eu de cesse au cours de ces 7 dernières années de marteler la réalité d’une progression synchrone des salaires et de l’inflation au sens large.

Une série de statistiques erronées
Problème : nous venons d’apprendre que ce même ministère a produit des statistiques erronées pendant toutes ces années, rendant caduques les analyses économiques publiées par la BoJ et tous les rapports économiques publiés par Tokyo. Il a révisé rétroactivement fin janvier son enquête mensuelle sur la main-d’œuvre pour la période de 2012 à 2018, reconnaissant avoir surestimé les augmentations salariales nominales. Il s’agirait par exemple de 0,7 point de pourcentage pour l’année 2018.

Las ! Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg car selon le ministère de l’Intérieur, ce ne sont pas moins de 22 statistiques économiques clefs du Japon (sur 56) qui doivent être corrigées, soit un taux de 40% de potentielles « fake news » dont la BoJ s’était pourtant directement inspirée pour justifier le maintien ou l’extension du « QE ».

L’enquête mensuelle du ministère du Travail aurait notamment surévalué le nombre d’heures travaillées ainsi que le taux d’utilisation de la main-d’œuvre pour calculer l’écart de production. Or, le gouvernement de Shinzo Abe s’est appuyé sur cette donnée pour soutenir, trimestre après trimestre, que « l’économie du Japon connaît une expansion modérée », d’où la pertinence d’un soutien monétaire massif de la banque centrale.

Exemple récent et révélateur : l’indice des prix à la consommation s’est contracté fin 2018 à +0,1%, alors que la BoJ a obstinément déclaré que les prix gardaient le cap sur son objectif d’inflation de 2%, selon les calculs découlant de la hausse de l’écart de production. L’institution, qui n’avait certes plus guère le choix, admet désormais qu’elle s’est peut-être trompée et s’être fiée à des données sous-jacentes erronées durant toutes les années au cours desquelles elle a passé son temps à amplifier le « QE » au nom des efforts visant à étayer la résurgence imminente de l’inflation.

Plus concrètement, elle a acheté pour des milliers de milliards de dollars d’obligations d’État et d’ETF actions en s’appuyant sur des données économiques qu’elle savait probablement fausses (!) Pourquoi cet aveu proprement sidérant n’a pas ébranlé Tokyo, ni jeté le discrédit sur la BoJ et Haruhiko Kuroda ?

Sans doute parce que la justification du « QE » importe moins que le fait qu’il soit prolongé indéfiniment…





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